jeudi 25 septembre 2025

Eric a vu: "Une Bataille après l'autre", de Paul Thomas ANDERSON (2025).

Au Silencio, on voit des films😊,
 et parfois, on les aime tellement qu'on a envie
 de partager nos émotions!

 😍Aujourd'hui c'est Eric 
qui vous offre son coup de cœur!💖


🎬"Une bataille après l'autre", 
sera très certainement l'un des
 meilleurs films de l'année 2025.
C'est une œuvre audacieuse et complexe
 qui mélange les genres 
(thriller, comédie, drame sociétal)
 et qui aborde des thèmes variés 
tels que la politique américaine, 
les inégalités sociales 
et la division du pays. 
Paul Thomas Anderson a créé un récit
 à la fois violent et drôle 
mais qui dresse aussi un portrait 
d'une société fragmentée. 
Quel talent que de savoir mélanger tout cela
 en rendant le spectacle captivant!
 
Son casting est exceptionnel 
avec des performances d'acteurs remarquables,
 en particulier celles de Leonardo DiCaprio 
dans un rôle d'un homme détruit 
physiquement et émotionnellement,
 et de Sean Penn 
qui incarne un colonel 
avec une frustration existentielle.
 Ce dernier est un vrai pilier du film
 et rend le personnage tellement drôle,
 inquiétant et représentatif 
(même si on est dans la caricature)
 d'une part de la société américaine.

Paul thomas Anderson fait preuve 
de sa rigueur habituelle à la mise en scène,
 construisant un récit en trois actes distincts.
 La durée du film, près de 3 heures, 
n'est en rien gênante, 
on ne voit vraiment pas le temps passer. 

Alors que du positif dans ce film? 
S'il fallait changer certaines choses,
 je reverrais la bande son 
d'accompagnement des scènes d'actions
 que j'ai trouvée trop lourde et omniprésente.
 On peut aussi se demander
 pourquoi avoir choisi de 
prendre le ton du cinéma américain
 des années 1960 et 1970
 (il ne me semble pas que le film soit daté).
Paul Thomas Anderson surprend 
en tournant un film d'action à la Tarantino, 
ce qui confirme son statut
 d'un des plus grands réalisateurs de sa génération.

Eric




mardi 23 septembre 2025

Cycle "Animation" Valse avec Bachir, Ari Folman, 2008- Le France 18 septembre 2025


C'est enfin la rentrée officielle pour notre ciné-club et pour cela nous débutons un nouveau cycle : " Animation ".

 Différents animés vous seront ainsi proposés au cours des prochains mois. Mais attention, "animé" ne signifie pas automatiquement "tout public".  Certaines séances ne seront pas accessibles aux jeunes spectateurs, et seront même déconseillées aux personnes sensibles. Nous vous invitons à vous joindre à nous en public averti.

 En projection d'ouverture, un film autobiographique: " Valse avec Bachir " d'Ari Folman, scénariste et réalisateur israélien. 

Reconnu comme un chef d'œuvre à l'échelle mondiale, il doit être vu en connaissance de cause. En tant que témoignage. Pour son audace, sa réalité, son message. Pour son travail plastique aussi, on ne choisit pas l'animation par hasard: elle permet un certain langage.
C'est un film fort, sur la guerre du Liban et les traumatismes engendrés par cette tragédie chez des soldats israéliens. On ne ressort pas indemne d'un conflit d'une telle violence quelque soit la place qu'on y occupait.
Un film que l'on pourrait qualifier d'essentiel dans le contexte actuel.
La guerre, la "valse" entre cauchemars et réalité, et le retour aux images du réel peuvent être très perturbants. Rappelons que l'âge légal et conseillé est de 15 ans.

"Film remarquable, graphiquement superbe, bande son percutante, une intensité incroyable, sur un sujet très difficile, un moment très fort. On en ressort secoué." (Jean)

Laurent Le Forestier, comme à son habitude, a permis un décryptage très pointu du film. Il a mené les échanges selon deux axes plus particuliers: le documentaire d'animation, et le titre même "Valse avec Bachir". 

I. Synopsis:

 Ari Folman, est ramené à des événements traumatisants, le massacre de Sabra et Chatila (Beyrouth, 1982), qu'il a vécu mais qu'il a complètement occulté de sa mémoire.
Réalisateur, israélien, il part alors en quête de souvenirs, de réalité, enchaînant les entretiens qui l'aideront à retrouver la vérité, et la reconstruction.

II. Le documentaire d'animation

Ce film autobiographique est un documentaire réalisé sous forme d'animé. Le documentaire d'animation existait depuis 1918, ("Naufrage du Lusitania", Winsor McCay) mais "Valse avec Bachir" lui permit d'être popularisé, et amené au rang de film d'art.
Sorti en 2008, il était le reflet direct de la Guerre de Gaza  de 2008-2009, dite "Opération Plomb Durci". Certains le voyaient comme un acte de résistance, d'autres comme un film de propagande. Il était avant tout le besoin de Ari Folman de témoigner du traumatisme d'une guerre sur les soldats qu'on y envoie. Son besoin de reconstruire le puzzle de sa mémoire à partir de multiples entretiens.
« J’avais simplement effacé cette période de mon présent. » découvrit Ari Folman lorsqu'il entra en analyse pour ne plus être réserviste.

Pour réaliser son film, sa quête, Ari Folman n'a pas été autorisé par tous ses témoins à les filmer, à diffuser ne serait-ce que le son de leurs voix. Les dessiner, oui; donner une image d'eux qui ne leur ressemble pas, oui; transmettre leurs paroles, oui. Ils ont accepté. Comme seulement lui accordent ceux qui n'avaient pas oublié l'horreur. Les autres voulaient fouiller aussi, démêler le faux du vrai, le cauchemar de la réalité, l'hallucination de la vérité. Ils voulaient exorciser. Quelque soit la forme. Ils se livraient, et Ari rendrait compte selon ses choix de réalisateur.
L'animation répondait ainsi à une exigence de certaines de ses sources. Mais elle se révélait aussi le moyen de montrer la valse des tourments dus à un traumatisme. Du cauchemar à la vision hallucinée, du souvenir à la réalité, qu'en est-il? Comment savoir si ce qui nous revient en mémoire n'est pas une construction de notre esprit? Un véritable vertige comme l'accompagne une valse;

« Pour moi c’était la seule façon de raconter cette histoire qui serait forcément surréaliste, puisque toutes les guerres sont surréalistes et absurdes. C’est une histoire de mémoire et de souvenirs enfouis, d’hallucinations, de rêves… Pour moi, il n’y avait pas mieux que le cinéma d’animation. »  «Avec "Valse avec Bachir", le documentaire d'animation est porté au rang de film d'art, avec le soutien d'Arte». Ari Folman.

Surréalisme des couleurs, qui jouent souvent sur la bichromie (orange/ noir, bleu/noir, vert/ noir, jaune/noir ); surréalisme des échelles de plans, des proportions, des contrastes de mouvements des personnages les uns par rapport aux autres. On pense aux interventions de Dali dans certains films de Buñuel ou de Hitchcock. Surréalisme d'un état hallucinatoire. Se jumelant à un sentiment de très grande réalité (tressautements lorsque la scène se déroule à bord d'un char...) qui affirme le genre documentaire. Le style d'animation choisi utilise des codes de réalisation filmique, dont on n'a pas à se préoccuper en animation: les jeux de profondeur de champ notamment, les travellings, les trans-trav sont autant de contraintes visuelles avec lesquelles Ari Folman n'aurait pas eu besoin de composer en utilisant le dessin animé. Pourtant, il "filme" avec "ses" dessins comme avec une caméra. La scène d'ouverture avec les chiens en furie est magistrale dans sa composition: enchaînement des plans, variété de leur type, bichromie, rythme de montage haletant. C'est fulgurant. dès les premières secondes, on est bouleversé, terrorisé, tétanisé. 

 La bande son est également très travaillée. Ari Folman a écrit son scénario en six jours. Isolé dans l'univers rock et martelant de Max Richter. On retrouve la signature du musicien dans cette bande son percutante. Les bruitages sont très évocateurs, très présents. Ils résonnent dans nos têtes, trahissent la moindre présence, envahissent le ciel et la terre de bombardements, de moteurs, de lancements de projectiles... Un des personnages le dit: on attend le bruit de la bombe qui siffle dans les airs, on l'entend plus, plus que son explosion...
Les bandes sonores des entretiens font prendre conscience à quel point le film est un documentaire, et non une fiction. Et les gestes des personnages qui les disent ont plus de réalisme que n'importe quel film en prises de vues réelles aurait pu obtenir de ses comédiens. 
Et puis le silence aussi... Le silence des femmes que les trois jeunes soldats voient en sortant de la mer, ce silence qui hurle à la mort sur les images de fin, où la mémoire retrouvée se permet enfin de pleurer.

III. "Valse avec Bachir", titre qui donne à réfléchir:

 Le massacre de Sabra et Chatila a été commandité par les milices chrétiennes des phalangistes suite à l'assassinat de leur dirigeant, le président libanais Bachir Gemayel, tout juste élu. Par les phalangistes donc, et par les soldats libanais. La mort de Gemayel, assassiné par un syrien, a été un déclencheur du massacre de ces civils réfugiés.  

Les jeunes soldats envoyés sur le front comme Ari à ce moment là sont pris à la fois dans le vertige de la violence d'une guerre, et dans celui d'un climat politique perturbé.
La scène-titre du film lors de laquelle Frenkel, un soldat israélien, se met à tourner avec un MAG et à tirer en toutes directions est forte de sens. C'est une métaphore de la folie des soldats tombés dans un engrenage. On leur a appris à tirer, tirer, tirer, sans réfléchir. Pour tuer. Pour anéantir. Pour défendre. Pour se protéger aussi. Alors ils tirent. Il tire. Le soldat s'en prend à l'absurdité de la guerre. Il tourne et tourne à en perdre la tête. Il tourne, rythmé par les percussions de son arme aveugle. Perte totale de la notion du temps et de l'espace. Comme dans une valse. Une valse comme une sorte de spectacle pervers, un côté cynique, ironique envers Bachir. Les balles n'épargnent pas son portrait. Elles n'épargnent rien ni personne. On dit bien "valser à en perdre la tête"... 
"Valse avec Bachir" est un jeu dangereux. Une danse de la vie avec la mort. Le film peut être vu comme une provocation. Un jeu dangereux pour Folman.

Quelqu'un dans la salle fait remarquer que la valse fait référence à Vienne , à l'Autriche et donc que le titre permet un parallèle avec la seconde guerre mondiale, qui, on l'apprend au cours de la quête de Ari, est à l'origine de son amnésie. La guerre du Liban qu'il est en train de "re-vivre" fait remonter en lui des traumatismes de la deuxième guerre mondiale dont ses parents ont été victimes. "Valse avec Bachir", c'est une valse avec la guerre, entre les guerres, un étourdissement de toutes les violences, un vertige, un malaise déchirant réveillé par ce portrait de sang. Le portrait de Bachir. Une danse avec la mort, puisque Bachir est déjà mort.  Le soldat a-t-il vraiment dansé avec son arme sur cet espace scénique improvisé, devant des yeux éberlués, des corps tétanisés? C'est ce qu'a vu le journaliste. "Je le vois danser", dit-il à Ari. "Je ne sais pas si ça a duré une seconde ou une éternité." Et l'image nous montre cette scène que le journaliste traverse comme un somnambule. Surréalisme. Séquence réelle ou hallucinée? On est dans la vision subjective de Ari. C'est tout le propos du film. Un documentaire sur la difficulté à vivre avec un traumatisme. Véritable décalage, entre ce qui est dit et montré. Opposition des rythmes. Ambiguïté entre réalité et souvenirs. Force de l'animation. 

IV. Ce qu'on entend, et ce qu'on voit, une mémoire en reconstruction.

D'autres séquences montrent le traitement de la mémoire qui "se défile". Et se reconstruit.

Ari revient en permission. Il entre dans un dancing. Ce sont ses souvenirs qui remontent à la surface que l'on voit à l'image: il observe son ancienne petite-amie qu'il voudrait reconquérir. On voit Boaz qui regarde aussi la jeune femme. Dans son souvenir. C'est donc que Ari savait que son ami était amoureux de la même femme que lui. Or, dans l'entretien que l'on entend, il dit ne jamais l'avoir su. Son inconscient le sait, mais sa mémoire a refusé de le retenir. Cette séquence n'aurait pas eu besoin de l'animation pour raisons techniques de rendu onirique. Mais elle y ajoute une dimension hallucinatoire très forte, incontrôlable. 

Ari échange avec son ami psychologue. ""Ces fusées, tu les as tirées!" Ari lui répond qu'il ne le sait plus, pourtant on le voit faire. Ici encore, une mise en images permet de montrer ce dont n'ose pas se souvenir Ari. Il a aidé au massacre de Sabra et Chatila, en permettant aux phalangistes chrétiens (dont était Bachir) et aux soldats libanais (dont était Ari) de repérer leurs cibles, des réfugiés palestiniens. 
Il est question de responsabilité individuelle. Ari se sent responsable. Dans la position du nazi de la seconde guerre. Et il n'a pas assumé sa responsabilité. 

Ces épisodes ont un côté surréaliste et halluciné qui justifiait pleinement le traitement par animation.

V. La mer


Dans la symbolique psychanalytique, la mer représente la peur. La peur ici de tout ce qui est en lien avec la guerre bien sûr, la peur de l'inconnu, notamment, la peur de l'abandon, la peur de la mort...

Ces jeunes hommes sont dans la mer qu'ils ont comme à traverser pour atteindre;;; ne serait-ce que l'âge adulte. Comme tout adolescent. Mais, eux, le connaîtront-ils? Cette mer qui semble calme et dorée est une des peurs les plus insurmontables.  
 Les jeunes garçons flottent immobiles dans la mer. Comme morts. Ils sortent de la mer. Zombies. Spectres. Morts-vivants. Ils voient des femmes, des mères dont ils s'approchent mais qu'ils n'entendent pas. C'est une séquence qui est reprise plusieurs fois dans le film. Jusqu'au moment où les voix des femmes seront audibles. Leurs voix déchirées s'échapperont de l'image réelle à la fin du film.

Carmi est abandonné par son bateau, peur de l'abandon, et traverse la mer , lutte contre la peur, pour être ensuite sauvé par son équipage. Il a traversé la peur "à bord" d'un corps de femme, immense, d'un bleu hallucinogène.. et trouve un refuge dans le contingent.

Des peurs qui valsent aussi entre la vie et la mort. La valse, encore.
A 19 ans, on s'intéresse à la musique, aux copains, à l'amour. Et soudain on vous somme "tire! tire! tire!", et le bateau chavire. 


IV. L'animation, un langage pour des émotions complexes


Ari Folman a retrouvé la mémoire. Une mémoire. qu'il a maillé de celle de 9 autres témoignages. Des images qui se sont livrées, révélées, et qui prennent force de leur effet choral. Qui prennent sens et vérité. 
La guerre tue. Des victimes physiques. Mais tue aussi des mémoires, des esprits.

Le documentaire d'animation prend sens. 

Notre prochaine séance présentera "Mary et Max" de Adam Elliot, l'histoire d'une relation épistolaire entre une enfant solitaire et disgracieuse et un homme atteint du syndrome d'Asperger. Rencontre de deux solitudes, de deux personnes "différentes". Un autre type de sujet qui se prête si bien à l'animation. Ne le manquez pas!



mardi 9 septembre 2025

Audioblog: Rencontre avec Philippe Martin, producteur de la société "Les Films Pelléas"


Philippe Martin

Activités: 
  • Producteur délégué,
  • Directeur général, 
  • producteur associé, 
  • Producteur exécutif,                     
  • Coproducteur, 
  • Directeur de production, 
  • Producteur

Fonction:
  • Directeur général à  Les Films Pelléas                     
Secteur:
  • Cinéma


    Né à Evian, Philippe Martin sait très tôt qu'il veut travailler dans le cinéma.

Comme Aznavour,
"à 18 ans, [il] quitte sa province,
bien décidé à empoigner [Paris]".
Le cœur léger et le bagage mince,
[il sait une chose, le ciné c'est sa vie!]"

Depuis, les manivelles ont tourné, et aujourd'hui, il est à la tête de sa propre société de production "Les Films Pelléas", qui a déjà conduit "Anatomie d'une chute" de Justine Triet à la Palme d'Or en 2023.


Philippe Martin ne se repose pas sur ses lauriers, puisqu'il revient chez lui, présenter au Cinéma Royal son nouveau succès du Festival de Cannes "Un Simple Accident", de Jafar Panahi, Palme d'Or 2025. Une exclusivité réservée au cinéma de son enfance, puisque le film lauréat ne sortira en salle que le 1er octobre 2025. Merci Philippe!



    A l'occasion de cette projection, le Silencio-Club-Ciné a reçu Philippe Martin, dans les locaux de Good Morning Evian (4 avenue de Noailles, à Evian).

L'entretien ainsi recueilli dévoile son parcours d'Evian au Films Pelléas, son métier de producteur de cinéma et son aventure avec Jafar Panahi.

Il est à écouter en suivant ce lien:

Philippe Martin, d'Evian à la Palme d'Or, un producteur passionné

Pour illustrer ce podcast, "Silence On Tourne" a choisi d'utiliser la bande originale du film.

"Nahang" - Ebrahim Monsefi
"Ow Ow Ow Ow" - Sadegh Booghi

    Le site Cinezik en analyse l'usage dans "Un Simple Accident": "Jafar Panahi dépeint la soif de vengeance d'un mécanicien automobile qui croit reconnaître en un père de famille l'un de ses anciens tortionnaires. Cette obsession le plonge dans une spirale infernale à bord de son van. En ouverture, deux titres festifs des artistes iraniens Ebrahim Monsefi et Sadegh Booghi résonnent dans la voiture familiale, juste avant le fameux simple accident qui privera le film de musique jusqu'au dénouement." [© Texte : Cinezik]


Quelles notes pouvaient le mieux habiller cet entretien?




Evénement au Musée Piccot pour une nouvelle saison du Silencio!



 



Monsieur Philippe Piccot a une nouvelle fois accueilli Le Silencio à une séance conviviale dans son Musée du Cinéma, à Douvaine.




M. Piccot présente son univers.

Après de joyeuses et gourmandes retrouvailles dans son jardin, une visite toujours aussi enjouée de sa "Caverne d'Ali Ciné", Monsieur Piccot nous avait préparé une jolie surprise: un court-métrage savoureux, montage de clins d'œil, de références multiples au cinéma, intitulé avec humour "l'Histoire de la Bande-Annonce". Un réel plaisir de voir défiler tous ces visages d'actrices et d'acteurs tant aimés, de reconnaître dialogues, scènes-cultes, grands noms de la technique et de la mise en scène... Merci!


Quelques trésors

Un distributeur de tickets


Des lanternes magiques



Un praxinoscope



Un colleuse de pellicule



M. Piccot au cœur de ses projecteurs et de ses affiches


Et maintenant, que le Grand Film commence!


Le Film de la Soirée!


Transamerica Express (1976) de Arthur Hiller, 

avec Gene Wilder, Jill Clayburgh, Richard Pryor,  Patrick Mc.Goohan, et Ned Beatty, pour ne citer qu'eux.

Genre: Policier? Film d'action? Romance? Film catastrophe? Comédie? On voyage à bord de ce train d'un genre à l'autre, à grande vitesse. 

Gene Wilder campe George Caldwell, personnage bien ordinaire d'un éditeur ayant choisi la voie ferroviaire pour pouvoir traverser les Etats-Unis dans le calme et le repos. Mais ce voyage d'affaires va valser de genre en genre avec une aisance vertigineuse. Un film de train, bien sûr auquel nous avions pensé d'ailleurs pour notre cycle éponyme. Mais qui commence comme une romance de série B, flirte avec le comique "De Funès" ou "Pierre Richard" (Gene Wylder en a la silhouette, mais n'est jamais ridicule!), enchaîne avec le policier "à la Hitchcock" très vite (un simple quidam qui devient un héros malgré lui!), le slapstick prend la suite  avec des chutes de train repétitives, dont Caldwell ressort toujours indemne, pour remonter, systématiquement et avec une facilité déconcertante, dans cette machine infernale. Une scène de transition savoureuse chez une fermière perdue dans le désert qui met notre "aventurier" à la traite des vaches tandis qu'elle va revêtir son costume de pilote d'avion! On frise l'absurde, la science-fiction! C'est simplement la vie. Ou ça peut l'être.  Et c'est drôle! 

Petit entracte, changement de bobine... On prend l'air, on échange, on papote... 

Simon distribue les glaces 😋, panière de l'ouvreur autour du cou. 

(Il a fallu remplacer Alexandra au pied levé!)

Et c'est reparti!

Film d'action, (que de cascades!) humoristique (avec des policiers stupides), film catastrophe, (rarement une scène de train entrant à pleine vitesse dans une gare qu'elle fait exploser de toute part n'a été si impressionnante. Dire que les spectateurs avaient peur de l'arrivée d'un train en gare de la Ciotat!)... et les extra-terrestres alors? Non, ils auraient tout gâché. Tout reste plausible ici, même tiré par les cheveux!

Dans le genre fantastique, on a quand même le personnage joué par Richard Kiel, (Reace), ce géant aux "dents d'acier", semblant sorti de Frankenstein, et à qui on redonnera le même rôle dans deux James Bond (L'espion qui m'aimait-1977 et Moonraker-1979). A dire vrai, ça n'a rien de fantastique, mis à part cet "appareil dentaire" un peu artisanal, le pauvre Reace (il est tué avec un harpon !) était juste plus grand que la norme, et devait avoir très mal aux dents!

La condition des hommes noirs est traitée avec ce que l'on pourrait appeler aujourd'hui de la bienveillance maladroite . Ils sont tous bien gentils, serviables, intelligents etc. mais ils doivent rester à "leur place", subalterne bien sûr. Le grimage de George Caldwell à grandes tartinades de cirage, la démarche stéréotypée que les noirs eux-mêmes lui somment d'adopter... (on reconnait celle de Huggy-Les-Bons-Tuyaux dans Starsky et Hutch seraient des choix de mise en scène très difficiles à accepter! Mais à l'époque, donner à ces acteurs des rôles d'êtres sensés, voire humains, devait montrer déjà une grande ouverture d'esprit!

On peut remarquer d'ailleurs le début des duos blanc/noir: Caldwell sympathise plus que tout avec Grover Muldoon (Richard Pryor), celui-ci venant à son secours au péril de sa vie et le duo se séparant avec une tendre émotion. On pense à l'Arme Fatale (Mel Gibson/ Danny Glover), Seven (Brad Pitt/ Morgan Freeman), Men in Black (Tommy Lee Jones/ Will Smith) et tant d'autres!



"La lumière revient déjà
Et le film est terminé
Jean annonce la saison
Et Jean-Pierre la discussion
Il nous donne quelques clés
Emotions à partager
Pour certaines souvenirs d'hier
Et pour d'autres découvertes.

Car c'était la première séance, c'était la première séquence, d'une nouvelle saison de ciné"

Bye-Bye!


Le musée du Cinéma de Philippe Piccot est ouvert à tous!

Il suffit de téléphoner pour prendre rendez-vous!



jeudi 28 août 2025

Evénement: Transamerica Express, Arthur Hiller,1977


  C'est la rentrée du Silencio vendredi 5 septembre 2025!

Monsieur Philippe Piccot nous accueille une nouvelle fois dans son fabuleux Musée du Cinéma!

Comme chaque année, avant la reprise de nos cycles, l'équipe de votre ciné-club vous convie à une soirée exceptionnelle : un retour au cinéma d'antan, avant le numérique !

Au programme :

- 18h30 pique-nique : dans la cour du musée (chacun apporte un plat ou une boisson ainsi que ses assiettes et couverts)

- 19h à 20h visite du musée avec M Piccot : vous y découvrirez une bonne trentaine d'appareils de projection depuis le début du cinéma jusqu'à aujourd'hui. Tous ces appareils sortent de la même usine lyonnaise : celle de Jean Buisse et Paul Bottazzi qui fabriquent des appareils de projection considérés par M Piccot comme des Rolls!

- 20h Soirée cinéma : Transamerica Express d'Arthur Hiller (1977) 

"Un huis clos ferroviaire qui évoque le suspense hitchcockien 
«Une femme disparaît»,
 l'humour candide de Gene Wilder en plus" (Sens Critique)

Soirée gratuite, limitée à 26 entrées, sur réservation!

mercredi 27 août 2025

Eric a vu: "Papamobile", Sylvain Estibal, 2025

   Nanar à venir, ou navet à vomir?


Kad Merad? 
Un pape pris en otag
e par la mafia mexicaine? 
Un producteur qui sabote la sortie de son film?

 Des ingrédients qui ont rendus curieux le Silencio. 
Eric a succombé à la tentation... et délivre son opinion!

"C'est à chaud que je préfère vous faire 
mon compte rendu du film 

Papamobile, nanar annoncé de l'année 2025.

"Papamobile", sorti le 13 août 2025,
 a suscité de vives réactions et une controverse
 dès sa sortie,
 en grande partie en raison 
de son propre producteur et distributeur. 
Le film n'a été diffusé que dans un nombre
 très restreint de salles de cinéma 
(seulement sept en France au départ,
 puis presque 50 
après des articles
dans des journaux de presse nationale). 
En effet, le distributeur, The Jokers,
 n'a engagé aucun frais de promotion, 
estimant le montage final décevant.
 Le coproducteur Jean Bréhat 
a publiquement qualifié le film de
 "raté" et de "comédie pas drôle", 
déclenchant une polémique. 
La présidente de The Jokers
 a elle aussi admis que le résultat
 n'était pas à la hauteur des promesses initiales.
 Il est vrai que le film a connu 
de grandes difficultés de production :
 tourné au Mexique,
 il a fait face à un budget serré, 
conduisant à des coupes dans le scénario
 et un tournage accéléré.

Face à ces critiques,
 le réalisateur, Sylvain Estibal, 
a défendu son film,
 le qualifiant de "nanar" volontairement décalé et absurde.
 Il dénonce une "sortie sabordée" 
et espère que le film, 
préacheté par Amazon Prime Video, 
trouvera son public en 2026.
Malgré ce début de parcours chaotique, 
le film a paradoxalement suscité un intérêt grandissant.
 Après le tollé initial, 
de plus en plus de salles de cinéma 
ont commencé à le programmer, 
et certains critiques ont revu leur jugement,
 le considérant comme un potentiel "nanar culte"
 (BFMTV ou Le Canard Enchaîné).
Après avoir vu le film, on peut se demander
 comment des acteurs renommés comme Kad Merad, 
euvent ne pas repérer le navet qui arrive,
dès la lecture du scénario.
 Sans doute qu'il est bien difficile pour des acteurs 
de maîtriser un montage lamentable,
 comme celui de Papamobile
 (avec des pauses bien inutiles 
à la suite de gags pas drôles par exemple) 
ou de savoir qu'un budget sera trop serré
 et qu'il faudra donc faire des coupes. 

Force est d'admettre que l'acteur ne peut pas 
deviner à l'avance toutes les complications 
qui peuvent survenir pendant la production.
 Et il y en a eu pour ce film!

Mais au-delà de ça, 
pourquoi le film n'est-il pas drôle?
 Le timing comique
 n'est certainement pas le bon 
dans Papamobile : 
-les punchlines tombent à plat, 
-la musique anempathique 
est tout simplement à côté de la plaque 
(on est loin de "La chèvre" 
qui nous faisait sourire dès le générique
 et sa musique entrainante)
-les bruitages, si importants
 dans bon nombre de films comiques,
 sont transparents,
- les ralentis (même peu utilisés)
 sont totalement inutiles. 
-Enfin, et probablement surtout, 
le scénario est totalement ridicule,
 avec des scènes bouche-trous 
(même si le film ne dure que 1h25!)
- et des acteurs qui surjouent
 sans vraies convictions
 (j'avais parfois l'impression de voir 
un film de Max Pecas, 
type "Mon curé chez les nudistes")

 Une histoire qui aurait pu être drôle
 si elle avait été mieux travaillée.
Alors, tout est à jeter dans ce film? 
Nous étions 5 dans la salle (5 amis proches 😁)
 et à 2 reprises j'ai entendu des rires francs
 et bien plus que ça, 
des rires de gènes,
 tellement la scène était "énoooorme". 

Alors je ne pense pas que le film deviendra
 un nanar-culte,
 mais plutôt un film totalement raté 
qu'on oubliera vite
 car il ne fera pas plus rire 
dans les années à venir."

Eruc




dimanche 27 juillet 2025

Eric a vu: La Palme d'or 2025 à Evian "Un simple accident" de Jafar Panahi


 
Le Cinéma Royal d'Évian accueille en avant-première la Palme d'Or 2025 de Cannes : "Un simple accident" de Jafar Panahi

Évian-les-Bains a eu l'honneur d'accueillir une projection exceptionnelle du film "Un simple accident" de Jafar Panahi, Palme d'Or du Festival de Cannes 2025, au cinéma Royal. Cet événement a été rendu possible grâce à Philippe Martin, evianais de naissance et producteur de cinéma (fondateur des Films Pelléas). Prévue pour une sortie nationale le 1er octobre 2025, cette avant-première a offert aux habitants d'Évian le privilège de découvrir le film près de trois mois avant sa sortie officielle.

La salle comble a rassemblé Philippe Martin, Madame Josiane Lei (Maire d'Évian), des représentants du ciné-club "Le Silencio" (président Jean Guillard), et surtout une foule de cinéphiles impatients de découvrir l'œuvre du célèbre cinéaste iranien. (100 spectateurs!) 

I. Un cinéaste sous pression, une œuvre clandestine

Philippe Martin a introduit le film en soulignant le parcours mouvementé de Jafar Panahi. Réalisateur de renommée internationale, Panahi a fait face à de nombreuses persécutions en raison de son travail. En 2010, il a été arrêté et condamné à six ans de prison, assortis d'une interdiction de vingt ans d'exercer toute activité artistique, de parler aux journalistes et de voyager. Malgré ces restrictions, il a continué à tourner des films en secret. Ses œuvres ont été saluées par de multiples distinctions, dont un Ours d'Or à Berlin, un Lion d'Or à Venise, et désormais la Palme d'Or à Cannes.

En 2022, Panahi a été de nouveau emprisonné à la prison d'Evin. Cependant, un an après sa libération, toutes ses peines ont été levées, lui permettant à nouveau de voyager et de réaliser des films, même si ces derniers ne sont pas officiellement autorisés par le régime iranien.

II. Un tournage clandestin semé d'embûches

Philippe Martin a accepté de produire le nouveau film de Panahi, dont le financement a été assuré par le réalisateur lui-même avant l'achat des droits par la production après le tournage. Le tournage s'est déroulé dans la plus grande clandestinité. Malgré les précautions, la police a fait irruption sur les lieux, interrompant la production et saisissant la caméra. Heureusement, les rushs, stockés sur un ordinateur non confisqué, ont été épargnés. La caméra a finalement été restituée, sans qu'aucune image n'ait été perdue.

Les acteurs, notamment l'actrice principale, ont subi des interrogatoires prolongés de la part de la police iranienne, qui cherchait à connaître le sujet du film. Toutefois, Jafar Panahi ne fournit jamais de scénario complet à ses acteurs, ce qui leur a permis d'expliquer qu'ils ne connaissaient que les scènes qu'ils avaient tournées. Cette stratégie a contribué à les protéger des pressions du régime.

Le film a été transporté en France en plusieurs fragments par diverses personnes afin d'éviter qu'une seule personne ne détienne la totalité du métrage. Une fois en France, le montage et la post-production ont été finalisés.

III. Échanges avec le public après une projection émouvante

Après la projection, accueillie par de vifs applaudissements, Philippe Martin a volontiers répondu aux questions du public.

 Il a précisé que la quasi-totalité du film avait été tournée en Iran. Seule la première scène a dû être filmée dans un garage en France avec un fond vert pour simuler des extérieurs. L'équipe de tournage était très réduite (moins de dix personnes), et la planification se faisait au jour le jour pour minimiser les risques. Jafar Panahi informait son équipe seulement la veille pour le lendemain.

La situation des acteurs reste incertaine. Bien qu'ils n'aient pas rencontré de problèmes majeurs à leur retour en Iran, le risque d'arrestation demeure constant. Malgré leurs visas de voyage, des listes quotidiennes dans les aéroports peuvent les empêcher de quitter le territoire à tout moment.

La distribution du film a été menée dans la plus grande discrétion, le producteur ayant cherché à garder le secret sur le film le plus longtemps possible. Le montage lui-même a été un défi : Panahi réalisait les coupes depuis l'Iran et les envoyait via WhatsApp à un collaborateur en Grèce. Les images étaient ensuite systématiquement détruites du téléphone de Panahi pour éviter toute saisie.

Jafar Panahi est le seul réalisateur vivant à avoir remporté la Palme d'Or à Cannes, un Ours d'Or à Berlin (Taxi Téhéran, 2015) et un Lion d'Or à Venise (Le Cercle, 2000). Il n'a quoiqu'il en soit aucune intention de s'exiler, considérant l'Iran comme son pays.

Le film ne devrait pas être distribué officiellement en Iran en raison de l'absence d'autorisation. Sa diffusion se fera d'abord à l'échelle internationale, puis il circulera (si ce n'est déjà le cas) de manière officieuse via Internet en Iran.

IV. Le rôle du producteur et l'aventure cannoise

Des questions sur le rôle du producteur ont également été abordées. Philippe Martin a expliqué que, s'il lui arrive de suggérer un réalisateur pour un projet, "Un simple accident" est une œuvre entièrement portée par Jafar Panahi. Même le "final cut", un concept plus américain, a réservé une surprise à Philippe Martin, puisque Panahi a choisi de modifier la fin du film au dernier moment. Cet exemple illustre la liberté totale accordée au réalisateur et la confiance du producteur envers son metteur en scène. Pour Philippe Martin, la qualité du réalisateur est primordiale, car un cinéaste talentueux peut transcender un scénario moyen, l'inverse n'étant pas vrai.

Lorsque le film a été sélectionné à Cannes, des coupes supplémentaires étaient nécessaires (le film durait initialement plus de deux heures). Panahi ne voyant pas comment procéder, Philippe Martin a fait appel à une monteuse de renom (Juliette Welling, fidèle de Jacques Audiard) qui a réussi à raccourcir l'œuvre d'environ 20 minutes sans en compromettre l'intégrité. La durée finale est de 1h42, et aucune version longue ne sera proposée.

La présentation du film à Cannes a représenté un travail d'organisation colossal pour Philippe Martin, une tâche de presque trois mois condensée en deux jours. Chaque détail est minuté : la montée des marches, les interviews, la projection etc. Les retours de la critique internationale sont quasi immédiats : une demi-heure après la projection, Philippe Martin savait que le film avait été très bien reçu, suscitant l'intérêt des distributeurs. La projection du soir, destinée au public, est tout aussi cruciale, car elle valide l'accueil du film par les spectateurs. Philippe Martin a témoigné de films présentés à Cannes qui ne génèrent pas les réactions attendues, une épreuve difficile pour les équipes. Ce ne fut heureusement et evidemment pas le cas pour "Un simple accident".

Jafar Panahi a pu se rendre à Cannes avec le reste de l'équipe. Il a été souligné qu'il n'existe pas d'influence réelle possible sur le jury de Cannes. Cependant, la présence de Juliette Binoche, en tant que présidente du jury, très sensible à la situation en Iran et aux défis rencontrés par les réalisateurs iraniens, était un signe positif. L'attente de la délibération finale est toujours un moment d'intense angoisse : même si un prix est annoncé, la nature exacte de la récompense reste inconnue, et une Palme d'Or fait une différence majeure comparé à un Prix du Jury, par exemple.

Après Cannes, Panahi a présenté son film à Sydney avant de finalement rentrer en Iran fin juin / début juillet 2025. La question de savoir si le film poursuivra sa carrière avec une sélection aux Oscars reste ouverte, ce qui impliquerait une gestion très différente de celle du Festival de Cannes.

Un grand merci à Philippe Martin d'être venu présenter en avant-première au Cinéma Royal à Evian, sa ville d'origine, l'œuvre de Jafar Panahi, qu'il a produite avec passion et conviction.
"Un simple accident", Palme d'or du Festival de Cannes 2025, restera un film événement dans la mémoire du cinéma d'Evian !